La lune de miel de Kent Hughes est-elle terminée à Montréal?
Pendant longtemps, Kent Hughes pouvait pratiquement tout faire sans se faire critiquer. Il avait cette aura du directeur général qui avait toujours un coup d’avance, celui qui trouvait le moyen de transformer chaque négociation en victoire et chaque décision en preuve de patience et d’intelligence.
Les partisans du Canadien applaudissaient ses contrats, ses échanges, ses choix au repêchage et surtout sa capacité à convaincre les jeunes vedettes de Montréal de laisser de l’argent sur la table pour construire quelque chose ensemble.
Mais cette lune de miel pourrait tranquillement être en train de se terminer. Et le dossier Arber Xhekaj pourrait devenir le premier véritable test de popularité de Kent Hughes auprès du public québécois.
Cette fois, ce n’est plus simplement une question de dollars et de cents. C’est une question d’image.
Xhekaj est encore sans contrat alors que son nom circule ouvertement dans les rumeurs de transaction. Jeff Marek a même affirmé que le Canadien envisage bel et bien la possibilité de l’échanger.
Pendant ce temps, le Shérif demeure l’un des joueurs les plus populaires auprès des partisans. Il représente quelque chose qui dépasse largement ses statistiques.
Il représente une identité, une agressivité, une présence physique que les partisans du Canadien ont longtemps réclamée. Si Hughes décide de l’échanger, il ne fera évidemment rien d’illégal ou d’inacceptable d’un point de vue hockey. Mais il devra accepter une réalité : une partie du public ne comprendra pas nécessairement la décision.
Et c’est précisément là que la situation devient délicate pour Hughes. Parce qu’il ne peut pas simplement regarder la fiche statistique d’Arber Xhekaj et conclure qu’il est facilement remplaçable.
Oui, Owen Protz pousse. Oui, le Canadien possède énormément de défenseurs gauchers. Oui, il existe une congestion à la ligne bleue. Oui, Xhekaj doit encore convaincre son entraîneur qu’il peut être fiable sur une base régulière.
Mais le hockey professionnel ne se joue pas uniquement sur la glace. Lorsque tu échanges un joueur extrêmement populaire associé très fortement à l’identité du club, tu dois avoir une excellente raison de le faire. Et surtout, tu dois obtenir quelque chose de concret en retour.
C’est ici que les propos de Réjean Tremblay prennent une tout autre dimension. Le chroniqueur ne remet pas seulement en question les contrats de Lane Hutson, Ivan Demidov, Juraj Slafkovsky ou Cole Caufield. Il remet en question la stratégie complète de Kent Hughes. Son argument est simple : si Hughes demande à ses jeunes joueurs de faire des sacrifices financiers, il doit maintenant faire les sacrifices nécessaires pour construire une équipe capable de gagner. Sinon, tôt ou tard, quelqu’un va finir par poser la question la plus embarrassante de toutes : « Pourquoi ai-je laissé autant d’argent sur la table? »
C’est le véritable danger des contrats avantageux obtenus par Hughes. Sur papier, c’est extraordinaire. Si Lane Hutson accepte 8,85 millions de dollars par année alors que sa valeur théorique pourrait être beaucoup plus élevée, c’est une victoire pour le Canadien. Si Demidov accepte moins que certaines autres jeunes vedettes de son âge, c’est une victoire pour le Canadien.
Si Slafkovsky et Caufield sont également sous le marché, la structure salariale devient incroyablement intéressante. Mais ces contrats ne sont pas des cadeaux. Ils représentent des sacrifices consentis par les joueurs en échange d’une promesse implicite : celle de construire une équipe gagnante autour d’eux.
Et c’est là que Kent Hughes commence à marcher sur une ligne extrêmement mince.
Parce que le Canadien ne peut pas demander éternellement à ses joueurs de patienter. À un moment donné, les jeunes vedettes vont regarder autour d’elles. Elles vont voir les nouveaux contrats signés partout dans la LNH. Elles vont voir les plafonds exploser. Elles vont voir certains joueurs moins productifs qu’elles obtenir des sommes gigantesques. Elles vont voir des agents négocier des contrats de plus en plus lucratifs. Et elles vont éventuellement se demander si le sacrifice qu’elles ont accepté en début de carrière en valait réellement la peine.
Réjean Tremblay résume cette inquiétude avec une formule qui devrait faire réfléchir l’organisation :
« Pas de Coupe… amenez les millions. » C’est brutal, mais l’idée derrière cette phrase est difficile à balayer. Un joueur peut accepter un rabais lorsqu’il croit que son équipe est sur le point de devenir une puissance.
Il peut accepter moins d’argent parce qu’il veut jouer avec ses amis. Il peut accepter moins parce qu’il veut gagner. Mais si, trois ou quatre ans plus tard, l’équipe n’est toujours pas capable de franchir les mêmes obstacles, le sentiment de sacrifice peut complètement changer.
Et c’est exactement pour cette raison que le dossier Xhekaj est beaucoup plus important qu’une simple négociation avec un défenseur de troisième paire.
Si Hughes traite Xhekaj comme un actif facilement remplaçable, si le joueur est finalement échangé pour une faible valeur et si le Canadien continue parallèlement à demander à ses jeunes vedettes de se sacrifier financièrement, une partie du public pourrait commencer à regarder Hughes différemment.
Le directeur général qui était autrefois perçu comme un génie de la négociation pourrait progressivement devenir, aux yeux de certains, le dirigeant qui demande constamment aux autres de faire des sacrifices pendant que lui conserve toutes les cartes.
Xhekaj me nérite pas ce traitement.. Plusieurs équipes ont besoin exactement de ce qu’il représente. Philadelphie, Nashville, Chicago, Boston, Vancouver, et d’autres formations ont déjà été associées à son nom dans les discussions qui circulent.
Kent Hughes devenu tellement obsédé par l’idée de gagner chaque négociation salariale qu’il oublie parfois que le but ultime n’est pas d’avoir la meilleure masse salariale de la LNH.
Si Arber Xhekaj quitte Montréal dans une transaction qui ne convainc personne, la frustration pourrait rapidement atteindre un niveau jamais vu depuis l’arrivée de Kent Hughes.
Le Québec adore encore son DG,
Mais l’amour n’est jamais éternel dans le hockey.
Il faut gagner pour le conserver.
Et maintenant, tout le monde regarde.
