Lettre honteuse aux fans du CH: la presse anglophone veut taire le Centre Bell

Lettre honteuse aux fans du CH: la presse anglophone veut taire le Centre Bell

David Garel
Le 2026-05-21
canadiens

Le Centre Bell devrait faire moins de bruit? Sérieusement?

Il faut parfois prendre un pas de recul devant certaines idées pour réaliser à quel point elles sont déconnectées de la réalité du sport professionnel.

La Gazette devrait avoir honte. Dans une lettre publiée par le quotidien anglophone, un partisan nostalgique du vieux Forum s’est plaint du niveau sonore au Centre Bell, allant jusqu’à suggérer que les partisans du Canadien de Montréal devraient se calmer parce que, selon lui, l’ambiance actuelle nuirait aux performances de l’équipe à domicile.

Pendant qu’une bonne partie de l’Amérique du Nord parle du Centre Bell comme de l’un des amphithéâtres les plus électriques de toute la LNH, pendant que des joueurs adverses répètent année après année que Montréal est un enfer à visiter en séries éliminatoires tellement l’atmosphère est intense, voilà qu’on nous explique que le vrai problème du Canadien… serait le bruit de ses propres partisans.

C’est absurde.

Le texte de la Gazette s’appuie sur une lettre d’un lecteur qui affirme avoir été “consterné par le niveau sonore et l’animation constante de la foule” lors d’un match du 12 mai. Il suggère même que l’organisation devrait “garder l’orgue traditionnel, retirer les animateurs de foule et arrêter d’exciter les partisans”. En d’autres mots : rendre le Centre Bell plus silencieux.

Comme si on assistait à un concert de musique classique.

Comme si les séries éliminatoires de la Coupe Stanley étaient censées se jouer dans une ambiance feutrée où l’on entend les gens tousser entre deux mises au jeu.

Encore plus étonnant, le journlaliste Jack Todd soulève lui aussi l’idée que les difficultés du CH à domicile pourraient être liées au vacarme du Centre Bell. Essentiellement : trop de bruit, trop d’émotion, trop d’énergie.

Pardon?

Depuis quand une foule passionnée devient-elle un désavantage? Depuis quand un amphithéâtre hostile, intimidant, bruyant, vivant devient-il un problème pour une équipe locale?

C’est du sport professionnel. Du hockey de séries. L’environnement le plus intense possible est censé devenir un avantage compétitif, pas un obstacle psychologique qu’il faudrait neutraliser.

Surtout, il faut arrêter de réécrire la réalité pour faire entrer les faits dans une théorie qui ne tient pas.

Oui, les Canadiens de Montréal ont connu des difficultés au Centre Bell en séries cette année. Deux victoires en six matchs à domicile. Les matchs numéro 4 et 6 contre les Sabres de Buffalo ont fait mal. Celui contre le Lightning de Tampa Bay aussi. Mais croire que ces défaites s’expliquent par le bruit de la foule, c’est ignorer une évidence toute simple : parfois, l’autre équipe joue mieux.

Les Sabres ont été excellents offensivement. Tampa Bay a trouvé une autre vitesse. Ça arrive. Ce n’est pas un complot acoustique.

Et rappelons une chose : en saison régulière, les Canadiens de Montréal ont affiché une fiche de 24-15-2 au Centre Bell. À écouter certains chroniqueurs ou lecteurs de la Gazette, on croirait presque que l’aréna est devenu une malédiction. Pourtant, cette même foule a aidé l’équipe à traverser des moments de folie pure pendant l’hiver et le printemps.

Demandez donc aux joueurs s’ils veulent moins de bruit.

Demandez à Phillip Danault, qui a lui-même dit à Arber Xhekaj après la série contre Tampa Bay que la foule du Centre Bell devenait “de plus en plus bruyante à mesure que les séries avancent”. Ce n’était pas une critique. C’était un compliment admiratif.

Demandez aux joueurs adverses qui parlent du Centre Bell comme d’un endroit unique dans la ligue.

Demandez à Martin St-Louis. Pense-t-on vraiment une seule seconde qu’il regarderait les médias et dirait : “J’aimerais que nos partisans se calment un peu”?

Jamais.

Martin St-Louis parle constamment d’énergie, d’émotion, de momentum. Il répète depuis des années que cette équipe se nourrit de ce qui se passe autour d’elle.

La foule fait partie intégrante de l’ADN du Canadien de Montréal. Elle pousse l’équipe. Elle fait vibrer le bâtiment. Elle transforme une simple séquence d’échec avant en moment de chaos pour l’adversaire.

Ce que certains oublient aussi, c’est la rareté de ce que Montréal possède.

Dans une ligue où plusieurs amphithéâtres sont silencieux, corporatifs, parfois presque froids (bonjour Toronto), Montréal reste l’une des dernières places où les séries ressemblent encore à une guerre émotionnelle collective.

On chante dans les rues. On vit chaque match comme un événement historique. On porte le chandail partout. Les touristes viennent précisément pour vivre cette ambiance.

Et là, on voudrait demander aux gens d’être plus tranquilles?

Pourquoi? Pour recréer le vieux Forum dans la nostalgie d’une autre époque?

Avec respect pour Jack Todd et pour sa carrière de journaliste, il faut pouvoir dire les choses franchement : cette idée ne tient pas debout.

Les partisans du Canadien de Montréal ne sont pas le problème. Ils sont probablement l’un des plus grands avantages compétitifs de cette équipe.

Une foule qui explose après une mise en échec, qui chante pendant dix minutes après un but, qui fait trembler le Centre Bell au point où les journalistes étrangers en parlent encore le lendemain, ce n’est pas quelque chose qu’on corrige. C’est quelque chose qu’on protège.

Une chance qu’on a encore ça.

Parce qu’imaginez une seconde un Centre Bell silencieux en finale de conférence. Imaginez un match numéro sept de finale de la Coupe Stanley à Montréal où les gens décideraient volontairement de “dial it down”.

Ce serait la vraie tragédie.

Le hockey est émotif. Montréal est intense. Le Centre Bell est supposé être intimidant.

Continuez de faire du bruit... et n'écoutez pas ceux qui pleurnichent... en anglais...