Louis Morissette et José Théodore remis à leur place: Jakub Dobeš expose les beaux-frères

Louis Morissette et José Théodore remis à leur place: Jakub Dobeš expose les beaux-frères

David Garel
Le 2026-05-21

Tout le monde se souvient des propos méprisants de Louis Morissette envers Jakub Dobeš.

« Des fois, il fait 12 games, les gens virent fous : “As-tu vu la save ? As-tu vu la save ?” Il avait juste à moins bouger, il l’avait dans le chest. »

« C’est pas un gardien. Il a l’air de rien, mais il est à la bonne place. Il n’a pas de chest. »

"Il est gros. Il est gros. Il est plus gros que gros,"

« Il gagne le match, oui… mais je vois des risques inutiles pour un professionnel. »

« Si je le vois, le coach qui passe quatre mois avec, il le voit. Pis il est encore pareil ? »

Le narratif était déjà écrit. Il était installé. Jakub Dobeš était le gardien « tout croche », le projet étrange, le gars trop agressif, trop désorganisé, trop émotionnel pour survivre à Montréal. Au moindre mauvais but, au moindre geste spectaculaire, on revenait avec la même rengaine : ce n’est pas sérieux, ça ne tiendra jamais, un gardien comme ça ne gagne pas dans la LNH.

Et pendant que Morissette continuait à rire de son style, pendant que certains analystes québécois semblaient presque attendre sa chute avec impatience, un homme qui connaît un peu les gardiens de but est débarqué dans le débat avec une réalité difficile à ignorer : Jean-Sébastien Giguère.

Pas un chroniqueur de salon. Pas un humoriste avec un micro. Un gagnant de la Coupe Stanley. Un gagnant du Conn-Smythe. Un gardien qui a porté une équipe entière sur son dos jusqu’à une finale. Quelqu’un qui comprend les gardiens mieux que 99 % des gens qui parlent d’eux à la télévision ou dans les balados.

Et le verdict de Giguère est venu fracasser le narratif.

« Au contraire, il a une technique », a lancé Giguère, sans détour, à propos de Dobeš. Une phrase simple, mais qui sonne presque comme une gifle indirecte à tous ceux qui répètent depuis des mois que le gardien des Canadiens de Montréal improvise tout devant son filet.

« Quand tu le regardes de match en match, est-ce qu’il change ? Non, il est toujours comme ça. Il est donc en contrôle de sa technique. »

Boom.

Depuis le début, on mélangeait “style atypique” avec “absence de technique”. Deux choses complètement différentes. Dobeš n’est pas Carey Price. Il ne sera jamais Carey Price. Et c’est peut-être ça, le vrai problème à Montréal : dès qu’un gardien bouge différemment, dès qu’il sort du moule du calme olympien de Price, on le traite comme un imposteur.

Giguère l’explique parfaitement.

La technique de Dobeš, c’est l’agressivité. Une agressivité calculée. Un gardien qui attaque les angles, qui pousse fort latéralement, qui joue loin de son filet, qui défie les tireurs au lieu de les attendre passivement.

« Des fois, il va pousser tellement fort qu’il va se sortir de son filet, mais tu ne peux pas dénaturer ça », explique Giguère.

Oui, ça peut parfois mal paraître. Oui, ça peut produire un but laid. Mais ça produit aussi une quantité immense d’arrêts qu’un gardien plus passif ne ferait jamais.

José Théodore et Louis Morissette ont été remis à leur place... pas à peu près...

Les deux beaux-frères étaient tellement sans pitié envers le gardien, qu'ils tombaient dans la méchanceté gratuite.

« J’ai appelé un chum. Dans deux ans, il n’est plus dans la ligue. » affirmait Morissette en riant.

Rien de moins.

José Théodore, lui, multipliait les commentaires méprisants sur un gardien trop désorganisé, trop brouillon, trop vulnérable mentalement. On se souvient des commentaires sur ses larmes après une défaite, où Théo l'avait traité de "soft" qui n'allait pas survivre dans la LNH.

On se souvient aussi de cette fameuse phrase sur le but accordé en tirs de barrage où « le métro de Montréal aurait pu passer entre ses jambes ».

Une formule assassine. Forte. Virale. Qui a été reprise partout.

Ouch.

Les chiffres sont en train de détruire le narratif.

Depuis le début des séries, Dobeš a sauvé 14,9 buts selon Sportlogiq.

Personne n’a fait mieux.

Onze départs de qualité.

Personne n’a fait mieux.

Trois matchs « volés », dont deux matchs numéro sept.

Encore une fois : personne n’a fait mieux.

L’ancien gardien Steve Valiquette, qui a bâti toute une entreprise autour de l’analyse technique des gardiens, a poussé ça encore plus loin.

Selon ses données, Dobeš a arrêté chacune des 12 échappées contre lui, stoppé 108 des 110 tirs qu’il pouvait clairement voir et limité à seulement deux buts accordés sur 21 chances de grade A lors des matchs numéro sept.

Valiquette parle même de performances « dignes de Patrick Roy ou Dominik Hasek ».

Pas exactement les mots qu’on utilise pour un gardien qui n’a « pas de technique ».

Jean-Sébastien Giguère remet le duo Théo-Morissette à sa place, sans aucune pitié.

Il explique ce que plusieurs refusent de voir : Dobeš est méthodique. Cartésien, même. Il ne laisse rien au hasard. Son travail avec Pete Fry sur la préparation mentale, ses routines presque obsessionnelles avant les matchs, ses exercices de suivi de rondelle, sa coordination oculo-manuelle avec Marco Marciano… tout ça existe.

« Tu le vois entre les mises au jeu, il fait sa visualisation pour le suivi », note Giguère.

Encore là, ce n’est pas le portrait d’un gardien improvisé.

C’est le portrait d’un gardien qui fonctionne différemment.

Et au fond, ce qui devient presque ridicule dans toute cette histoire, c’est qu’au moment où Morissette et Théodore semblaient convaincus d’avoir tout compris, un ancien gagnant du Conn-Smythe est venu rappeler une vérité que Montréal oublie trop souvent : il n’existe pas une seule façon d’être un grand gardien.

Carey Price était le calme absolu. Patrick Roy était théâtral, intense, parfois même excessif. Dominik Hasek avait l’air de tomber en morceaux sur chaque séquence avant de finir par voler un match à lui seul. Personne n’aurait osé dire à Hasek qu’il était « tout croche » parce qu’il n’entrait pas dans les standards esthétiques du poste.

Dobeš appartient à cetterécole.

Une école plus instinctive, plus agressive, plus explosive.

Le jeune gardien qui devait craquer mentalement après ses larmes? Il est encore debout.

Le gardien supposément brouillon incapable de survivre dans un marché comme Montréal? Il accumule les performances dominantes.

Le projet étrange qui devait finir dans la Ligue américaine? Il est en train de forcer toute une organisation à revoir ses plans devant le filet.

À un certain point, tu ne peux plus seulement répéter qu’un gardien est « tout croche » quand un ancien gagnant du Conn-Smythe t’explique exactement pourquoi il ne l’est pas.

Tu ne peux plus ignorer les données avancées.

Tu ne peux plus balayer du revers de la main des performances de très haut niveau dans les plus gros moments.

Et surtout, tu ne peux plus prétendre qu’un gars n’a pas de technique quand Jean-Sébastien Giguère, quelqu’un qui a littéralement bâti sa carrière à maîtriser cette position infernale, prend le temps de décortiquer pourquoi cette technique existe bel et bien.

Peut-être que Dobeš ne sera jamais Carey Price.

Peut-être qu’il ne deviendra jamais le gardien parfait, propre, silencieux, sans débordement.

Mais ce n’est peut-être pas ce que les Canadiens de Montréal ont besoin non plus.

En ce moment, le gardien « tout croche » est en train de faire quelque chose de très simple.

Il ferme des bouches.

Celles des pauvres Théo et Morissette.

Une rondelle à la fois.