Au lendemain de l’humiliation historique du Canadien contre les Jets de Winnipeg, on revient à un dossier qui pourrait complètement changer le visage de la LNH : Nikita Kucherov à Montréal.
Et pendant que les partisans rêvent déjà de voir la vedette russe enfiler le chandail du Canadien, Julien BriseBois commence à se retrouver dans une position extrêmement inconfortable.
Le directeur général du Lightning de Tampa Bay sait que sa relation avec Kucherov est sérieusement détériorée. Le joueur a publiquement parlé de manque de communication et de respect.
Il a expliqué qu’il avait eu très peu de discussions avec son patron au cours des derniers mois et que BriseBois lui avait clairement fait comprendre qu’il était libre de partir le 1er juillet. Après de telles déclarations, difficile de prétendre que tout va rentrer dans l’ordre avec une poignée de main.
Le problème de BriseBois porte maintenant un nom : le maraudage.
Selon les informations qui circulent dans l’entourage du dossier, Kucherov aurait une destination privilégiée en tête : Montréal. Il voudrait rejoindre le Canadien, évoluer avec Ivan Demidov et contribuer à ramener une véritable équipe aspirante à la Coupe Stanley au sommet.
À 33 ans, bientôt 34, il ne cherche pas simplement un dernier gros contrat. Il veut encore gagner, et Montréal représente à ses yeux une destination qui va lui offrir exactement ce qu’il recherche : une ville où le hockey occupe une place centrale, une organisation ambitieuse et un groupe de jeunes joueurs qui peut devenir très dangereux.
Dan Milstein, l’agent de Kucherov, connaît parfaitement le marché montréalais. Il représente également Ivan Demidov et Alexander Zharovsky. (sans oublier Alexandre Texier)
Il a déjà travaillé avec Kent Hughes dans le dossier de Demidov (et Texier) et devra éventuellement gérer l’arrivée de Zharovsky en Amérique du Nord, si le jeune Russe décide de faire le saut après son passage dans la KHL. Les liens professionnels entre cet agent et l’organisation montréalaise sont donc déjà bien établis.
Personne n’a besoin d’imaginer une conversation secrète entre Hughes et Kucherov pour comprendre que les informations peuvent circuler. Un agent peut discuter des aspirations de son client, sonder les intentions d’une organisation et préparer le terrain pour une éventuelle signature.
Le maraudage peut prendre plusieurs formes. Il n’est pas nécessaire qu’un directeur général téléphone directement à un joueur sous contrat pour que des inquiétudes apparaissent chez son employeur.
BriseBois craint que Montréal prépare déjà le terrain par l’intermédiaire de Milstein. Mais prouver qu’il y a eu maraudage serait une autre histoire. Kent Hughes n’a aucun intérêt à laisser des traces d’une communication interdite avec un joueur encore sous contrat. Il peut attendre, laisser son réseau faire son travail et préparer une offre qui deviendrait officielle au moment permis.
Surtout, Hughes possède un avantage considérable : il n’est pas obligé de sacrifier son avenir pour obtenir Kucherov.
Pourquoi offrirait-il Ivan Demidov ou Cole Caufield dans une transaction pour un joueur de 33 ans lorsque celui-ci pourrait éventuellement devenir disponible sur le marché des joueurs autonomes?
Le Canadien ne va pas démanteler son noyau pour accélérer une opération que le temps pourrait régler à son avantage. Demidov est une pièce centrale du projet montréalais. Caufield aussi. Kent Hughes n’a aucune raison de jeter l’un de ses joyaux dans une transaction simplement pour faire plaisir à Tampa Bay.
Voilà ce qui fait paniquer BriseBois.
Le directeur général du Lightning ne pourra pas convaincre Kucherov de prolonger son association avec Tampa Bay. La relation est brisée à jamais selon Pierre LeBrun.
Et plus le temps passe sans prolongation, plus son pouvoir de négociation risque de diminuer pour une transaction.
Et si BriseBois veut garder Kucherov pour les séries et échanger ses droits l'été prochain, il recevra des peanuts.
L’exemple de Mitch Marner est encore frais dans les mémoires. Lorsque Toronto a finalement accepté de l’échanger à Vegas dans une transaction impliquant Nicolas Roy, les Maple Leafs n’ont pas obtenu le retour colossal que plusieurs imaginaient pour une vedette de cette dimension.
La question est donc simple : pourquoi Montréal paierait-il une fortune en actifs pour obtenir les services d’un joueur qui pourrait veut signer avec le Canadien quelques mois plus tard grâtuitement?
Frank Seravalli fait partie des informateurs qui placent Montréal au cœur de ce dossier. Plusieurs intervenants de la LNH considèrent également le Canadien comme le grand fabori pour le Russe.
Si Kucherov est réellement déterminé à porter le chandail bleu-blanc-rouge, le rapport de force pourrait progressivement basculer en faveur de Kent Hughes.

Il y a aussi la question financière. Kucherov veut 20 millions de dollars par saison sur six ans. C’est une somme astronomique, mais le plafond salarial devrait continuer à augmenter et Montréal dispose d’une marge de manœuvre qui lui permet d’envisager une offre de cette ampleur.
Certains croient même que Kucherov pourrait accepter un salaire annuel de 17 ou 18 millions à Montréal plutôt que de courir après le dernier dollar ailleurs. Ce serait une façon de privilégier le projet sportif, la ville et la possibilité de jouer avec Demidov.
Imaginez maintenant la position de Julien BriseBois. Il a une superstar qui lui reproche publiquement son manque de communication et de respect. Il sait que cette vedette pourrait ne plus vouloir signer à Tampa Bay. Il doit également composer avec un marché où Montréal possède les ressources financières, un noyau prometteur et une relation professionnelle déjà existante avec l’agent du joueur.
Kent Hughes peut se permettre d’être patient. Il n’a pas besoin de vendre Demidov, de sacrifier Caufield ou de vider son bassin d’espoirs. Il doit simplement être prêt à offrir un pont d'or à Kucherov.
Le cauchemar de Tampa Bay n’est donc pas seulement de perdre Nikita Kucherov. C’est de le perdre au profit de Montréal, sans rien obtenir en retour.
Julien BriseBois va clairement demander que la LNH enquête sur une possibilité de maraudage.
Mais Kent Hughes et Dan Milstein savent leurs désirs mutuels... sans même se parler.
Le DG du Lightning est dans le trouble.
