Le cauchemar de Brendan Gallagher est encore pire à Vancouver.
Le pauvre pensait probablement vivre le scénario idéal en quittant Montréal pour la maison en Colombie-Britannique.
Une dernière aventure dans la LNH, près de sa famille, dans sa ville natale, avec ses parents tout près et une organisation qui lui donnait encore une chance de prouver qu’il pouvait contribuer. Quelques mois plus tard, le rêve est déjà en train de tourner au cauchemar.
Et cette fois, la situation est beaucoup plus personnelle.
À Montréal, Gallagher avait au moins la possibilité de prendre ses distances avec les critiques. Vancouver, c’est chez lui. C’est la ville où il a grandi. C’est l’endroit où sa famille peut suivre quotidiennement ce qui se dit sur lui. Ses proches voient les commentaires, les réactions des partisans et les critiques qui commencent à se multiplier sur les réseaux sociaux.
Le 29 juin dernier, le Canadien l’a envoyé aux Canucks en retour de considérations futures, tout en conservant 50 % de son salaire. Vancouver lui offrait ainsi la possibilité de recommencer ailleurs après 14 saisons à Montréal.
Sur papier, c’était presque parfait.
Gallagher retournait à la maison. Il allait jouer pour une équipe en reconstruction. Il pouvait espérer obtenir un rôle intéressant auprès de jeunes joueurs et terminer sa carrière dans l’environnement où il avait grandi.
Sauf qu’après seulement quatre matchs, la réalité est devenue atroce.
Gallagher n’a toujours aucun point cette saison, affiche un différentiel de -1 et n’a obtenu que quatre minutes de pénalité. Surtout, son temps de glace a fondu de match en match. Contre Edmonton, il avait joué 11:08. Contre Calgary, 10:08. Puis contre Vegas, il n’a passé que 7:34 sur la glace en douze présences.
Pour un joueur qui croyait encore pouvoir démontrer qu’il avait sa place dans la LNH, c’est extrêmement difficile à encaisser.
Le problème, c’est que les partisans de Vancouver commencent à l’insulter. Les critiques se multiplient et certains se demandent déjà pourquoi Gallagher occupe une place dans l’alignement alors que les Canucks sont en reconstruction et pourraient donner davantage de responsabilités à des joueurs plus jeunes.
C’est exactement le genre de situation qu’un vétéran ne veut jamais vivre à la dernière année de sa carrière.
Gallagher n’est plus seulement un ancien joueur du Canadien dont la production a diminué. Il est maintenant le vétéran de 34 ans qui arrive dans sa ville natale et qui se retrouve progressivement relégué au quatrième trio.
Et bientôt, ce sera les estrades.
Et pendant ce temps, les réseaux sociaux deviennent de plus en plus difficiles pour lui.
À Montréal, Gallagher pouvait rentrer chez lui après un mauvais match et laisser le vacarme médiatique derrière lui.
À Vancouver, le bruit est dans sa cour.
Gallagher voulait une nouvelle vie professionnelle au moment même où sa vie familiale entrait dans une nouvelle étape.
Sa famille est directement plongée dans la tempête.
À Montréal, Gallagher pouvait encaisser les critiques, rentrer chez lui et laisser derrière lui le bruit du Centre Bell, des émissions de sport et des réseaux sociaux. Il avait connu les huées, les insultes, les commentaires sur son contrat et les attaques contre son rendement pendant plusieurs années. C’était devenu une partie de sa réalité professionnelle.
Vancouver, c’est complètement différent.
Certains partisans lui demandent carrément de retourner chez lui et de prendre sa retraite sur-le-champ.
Mais une partie particulièrement malsaine de cette histoire est que les commentaires débordent parfois du hockey.
Certains internautes commencent aussi à s’en prendre à sa vie personnelle et à sa femme.
La pauvre Emma Fortin n’est pas responsable du rendement de Brendan Gallagher.
Pourtant, lorsqu’un joueur traverse une période aussi négative, les réseaux sociaux finissent souvent par faire disparaître complètement la frontière entre le sportif et sa famille.
On commence à parler de sa femme.
De leur argent.
De leur mode de vie.
De leur maison.
De leur famille.
De ce qu’ils possèdent.
De ce qu’ils pourraient faire après le hockey.
Et certains vont même jusqu’à se demander pourquoi Gallagher devrait encore se plaindre de sa situation puisqu’il est déjà riche et que sa femme vient elle-même d’un milieu très confortable. (héritière de l’empire familial bâti par son grand-père Jean Fortin, fondateur de Jean Fortin & Associés.)
C’est complètement secondaire.
Le fait que Gallagher ait gagné beaucoup d’argent pendant sa carrière ne rend pas les humiliations publiques plus faciles à vivre. Et le fait qu’Emma Fortin ait sa propre carrière, sa propre famille et son propre milieu ne devrait surtout pas faire d’elle une cible lorsqu’un joueur de hockey connaît des difficultés.
Le problème, c’est que les réseaux sociaux ne fonctionnent pas comme ça.
Lorsqu’un joueur devient la cible d’une foule, tout ce qui l’entoure peut rapidement devenir une cible.
Il faut se rappeler ce qu’il disait lui-même lorsqu’il est arrivé à Vancouver. Il expliquait avoir grandi comme joueur et comme humain dans cette ville et avoir eu besoin d’un nouveau départ dans la LNH. Pour lui, retourner dans l’Ouest canadien représentait une occasion extrêmement importante.
Quelle situation cruelle.
Il vient d’accueillir une deuxième petite fille avec Emma, après la naissance d’Everly en 2025. La petite Ella est née en août dernier, quelques mois seulement avant que Gallagher commence cette nouvelle aventure avec les Canucks.
Un père qui retourne dans sa ville natale avec sa femme et ses deux jeunes enfants, convaincu qu’il peut encore aider une équipe de la LNH, et qui découvre quelques semaines plus tard que les mêmes réseaux sociaux qui critiquaient son hockey à Montréal sont maintenant capables de s’immiscer directement dans sa nouvelle vie familiale.
Nos pensées sont avec lui, sa femme… et toute sa famille…
