Sacré Martin St-Louis.
Le Canadien de Montréal vient de signer une victoire immense à Buffalo. Une victoire qui place son équipe à un seul gain d’une finale de l’Association de l’Est contre les Hurricanes de la Caroline, alors que Montréal sera prêt à exploser samedi soir au Centre Bell.
Tu pourrais penser voir un coach détendu. souriant, de bonne humeur, qui savoure un peu.
Pas Martin St-Louis.
Vendredi matin, devant les journalistes, il avait l’air… brûlé.
Fatigué.
Cerné.
Le regard lourd... mais surtout un homme bête comme ses pieds.
Comme un homme qui dort peu, pense beaucoup et qui méprise les journalistes.
Le pauvre Richard Labbé de La Presse ouvre le bal avec une question pourtant légitime après le pari immense pris avec Jakub Dobeš.
Il lui demande, en gros, si le fait que Lindy Ruff ait finalement sorti son gardien alors que lui avait gardé le sien pouvait donner un avantage psychologique.
« Tu as fait un petit appel avec Marco Marciano pour voir si on laissait Dobeš devant le filet et finalement vous l’avez gardé. De l’autre côté, eux ont changé de gardien en début de troisième période. Quand tu vois ça, est-ce qu’il y a un avantage psychologique quand tu réalises que l’autre bord, eux autres, ont choisi de faire ça? »
Réponse de Martin St-Louis?
Bête... comme jamais...
Sèche et expéditive.
« Je n’ai même pas pensé à ça une fois. Je m’occupe de mes affaires. »
Fin de la discussion. Il ne regarde même pas le pauvre journaliste.
Aucun détour.
Aucune analyse psychologique.
Aucune petite phrase savoureuse pour nourrir le narratif Montréal contre Buffalo.
Je m’occupe de mes affaires.
Point.
Un journaliste revient ensuite avec une autre question, cette fois sur la capacité du Canadien à rebondir après les défaites.
« Vous n’avez pas encore perdu deux matchs de suite dans les séries. Ça démontre une bonne capacité à rebondir, à s’adapter. Comment tu décris le processus après une défaite? »
Encore là?
Martin coupe court.
« C’est la même chose. On fait la même chose qu’après une victoire. Tu le bâtis. Tu essaies d’améliorer certains départements. »
Quand le journaliste insiste et lui demande pourquoi son équipe semble toujours capable de rebondir, St-Louis donne probablement la phrase qui le résume le mieux comme entraîneur :
« Il faut enlever le tableau de l’équation et avoir de la vérité sur où est-ce qu’on est. »
Arrêtez de regarder le score.
Arrêtez de regarder le bruit autour.
Regardez le jeu.
Corrigez ce qui doit être corrigé.
Passez au prochain shift.
Et ensuite arrive un moment presque drôle.
Un journaliste lui rappelle qu’il disait vouloir apprécier le moment plus tôt dans la série et lui peint pratiquement une scène de cinéma :
« Samedi soir, long week-end, Centre Bell, chance d’éliminer cette équipe… comment tu vas vivre ça? »
La majorité des entraîneurs auraient embarqué.
Parlé de l’ambiance.
Du privilège.
De la ville.
Du moment.
Martin St-Louis?
« Merci. Je ne sais pas. Je vais juste me concentrer sur aujourd’hui. Aujourd’hui, on retourne à la maison. Journée de repos. On va faire un peu de travail. Puis on verra demain. »
Tu sens qu’il trouvait la question fatigante.
Comme s’il refusait catégoriquement de laisser son cerveau avancer de 24 heures.
Même chose lorsqu’on lui demande comment son équipe fait pour rester concentrée malgré tout le bruit extérieur.
Encore là, il coupe dans le gras :
« On est concentrés sur chaque journée. On ne s’inquiète pas d’hier. On ne s’inquiète pas de ce qui s’en vient. On s’occupe d’aujourd’hui. »
Et soudainement, tu comprends pourquoi cette équipe-là ressemble autant à son entraîneur.
Le Canadien de Montréal ne panique jamais vraiment.
Même quand tout part croche.
Même quand Dobeš donne trois buts sur quatre tirs.
Même quand le Centre Bell explose.
Cette équipe respire exactement comme Martin St-Louis parle.
Court.
Calme.
Méthodique.
Bête comme ses pieds.
Parfois frustrant pour ceux qui cherchent une phrase forte.
Toujours cette impression qu’il refuse émotionnellement de sortir de sa zone ou d'aider les journalistes.
Et le moment le plus humain?
Quand on lui parle d’Ivan Demidov.
Là, pendant quelques secondes, le mur tombe un peu.
On lui rappelle ce moment au banc après le premier but éliminatoire de Demidov.
Et Martin, enfin, laisse sortir quelque chose :
« Je suis content pour lui. Je sais ce qu’il traverse. »
Puis il explique comment il a tenté de l’accompagner pendant cette disette.
Comment ces jeunes-là mettent tellement de préparation, tellement d’efforts, sans aucune garantie que ça va fonctionner.
« Ils ont de hautes attentes. Ils se préparent. Ils mettent beaucoup là-dedans. Mais rien n’est garanti. »
Et là, tu comprends peut-être pourquoi Martin avait l’air complètement vidé vendredi matin.
Parce qu’il ne vit pas ces séries comme un spectacle.
Il les vit comme un entraîneur obsédé par chaque détail. Comme un papa inquiete de ses enfants.
C’est probablement exactement pour ça que les Canadiens de Montréal sont à une victoire de la finale de l’Est.
