Kent Hughes peut bien tenter de présenter la situation comme une petite formalité. Il peut bien expliquer qu’il n’a pas besoin d’un joueur de centre qui produit un point par match. Il peut bien dire qu’avec Ivan Demidov et un autre ailier talentueux, Montréal peut se permettre de mettre « n’importe qui » au centre.
À un moment donné, il faut arrêter de prendre les partisans pour des idiots.
Le Canadien n’a pas réglé son problème au centre.
Et maintenant, son directeur général essaie de nous convaincre que le problème n’existe pas.
Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, Hughes a déclaré :
« Si tu me dis qu’il y a deux ailiers talentueux comme Ivan Demidov, je ne vois pas la nécessité que le joueur de centre fasse un point par match. Ça peut être Oliver Kapanen, ça peut être Alex Newhook, ça peut être n’importe qui. »
N’importe qui?
C’est justement ça qui devient gênant.
On ne parle pas d’un poste de quatrième trio. On parle du deuxième centre d’une équipe qui prétend avoir terminé sa reconstruction et qui veut maintenant commencer à gagner pour vrai.
Martin St-Louis a évidemment suivi la même ligne en affirmant qu’il avait « de belles options » et qu’il ne s’en faisait pas avec cette position.
C’est commode.
Le Canadien n’a pas réussi à trouver le centre qu’il voulait sur le marché des transactions? Très bien. On transforme maintenant la faiblesse en prétendue profondeur.
Sauf que les deux premiers matchs commencent déjà à exposer le problème.
Alex Newhook est le deuxième centre. Et après deux rencontres, il est encore à zéro but et zéro passe.
Juraj Slafkovsky est également blanchi.
Ivan Demidov a heureusement marqué le but égalisateur en troisième période, mais à cinq contre cinq, ce deuxième trio n’a absolument rien démontré de convaincant.
Et c’est là que le discours de Hughes devient difficile à avaler.
Parce qu’on peut aimer Newhook, sa vitesse, sa polyvalence et ses gros buts en séries.
On peut reconnaître qu’il peut être utile dans plusieurs situations.
Mais tout ça ne transforme pas automatiquement Alex Newhook en deuxième centre de qualité pour une équipe qui veut franchir une autre étape.
Newhook est un excellent « couteau suisse », mais demeure un plombier.
Un couteau suisse est pratique.
Tu peux t’en servir pour beaucoup de choses.
Mais lorsque tu as besoin d’un vrai outil spécialisé, tu prends autre chose.
Et Montréal avait justement besoin d’un vrai deuxième centre.
Le problème est encore plus évident lorsqu’on regarde Oliver Kapanen.
Hughes le nomme lui-même comme possibilité.
Mais Kapanen est blessé actuellement et n’a même pas encore pu reprendre sa place dans l’alignement.
Et lorsqu’il reviendra, le Canadien espère essentiellement que la présence de Kapanen permettra à Demidov et Slafkovsky de retrouver la chimie qu’ils avaient démontrée l’an dernier.
Donc le plan, en gros, c’est d’espérer que ça fonctionne.
Hum.
La réalité, c’est que les deux principales questions du camp étaient justement le deuxième centre et les défenseurs de soutien.
Trois semaines plus tard, aucune des deux questions n’a véritablement été réglée.
Et maintenant, Hughes joue à l’autruche.
Il refuse de reconnaître que Newhook n’est pas un véritable deuxième centre et que Kapanen n’est pas encore prêt à porter cette responsabilité.
Et surtout, il semble vouloir nous convaincre que ce n’est pas grave.
Mentalité de perdant?
Non, Slafkovsky et Demidov ne sont pas encore des joueurs capables de fabriquer eux-mêmes toute une ligne soir après soir. Ils ont besoin d’un centre capable de leur donner la rondelle, de soutenir l’attaque, de gagner des batailles et de leur permettre de jouer dans la zone offensive.
Newhook n’est pas assez talentueux pour ça.
Et le Canadien ne peut pas se raconter d’histoires éternellement.
Dylan Larkin n’a pas voulu venir à Montréal? Ce n’est pas la faute de Hughes.
Michael Hage est retourné dans la NCAA? Ce n’est pas sa faute non plus.
Mais c’est précisément pour ça que le travail d’un directeur général existe.
Quand une cible refuse de venir, tu trouves une autre solution.
Tu ne changes pas soudainement tes critères pour faire croire que tu n’avais jamais besoin de ce joueur.
Oui, on parle d’une mentalité de perdant.
Une équipe ambitieuse ne regarde pas une faiblesse et dit : « On va espérer que ça fonctionne. »
Elle regarde la faiblesse et dit : « Il faut la régler. »
Kent Hughes doit maintenant arrêter de jouer à l’autruche.
Réveille.
