Élizabeth Rancourt voit rouge. Et décide de répondre à ses détracteurs de la manière la plus cinglante.
Pendant longtemps, l'animatrice de TVA Sports a choisi de laisser parler les autres.
Les amateurs qui la comparent à Louis Jean depuis la nuit des temps.
Les internautes qui affirment qu’elle ne connaît pas assez le hockey.
Les moqueries entourant les placements de produits devenus viraux à TVA Sports.

Les commentaires sur son apparence.
Les commentaires sur le simple fait qu’elle soit une femme dans un rôle aussi exposé.
Cette fois, elle a décidé de répondre.
Et sa réponse a été sans aucune pitié.
« Moi, je considère que je suis à mon poste, parce que je suis la meilleure pour faire ce qu’on fait. Pas parce que je suis une femme, parce que je suis la meilleure pour faire le poste que j’ai actuellement. »
Ouch. Peut-on parler de propos déplacés?
Arrogance? Confiance mal placée?
Disons que ça sonne mal. Mais cette réplique provient de loin.
Avant de juger cette déclaration, il faut comprendre tout ce qui l’a précédée.
Depuis son arrivée comme figure principale des matchs des Canadiens de Montréal à TVA Sports, Élizabeth Rancourt vit sous une loupe permanente.
Chaque erreur est amplifiée.
Chaque hésitation est remarquée.
Chaque controverse lui colle à la peau pendant des mois, parfois pendant des années.
Que ce soit pour avoir ridiculisé Marc Denis en ondes en le traitant de "fake" pour parler trop bien français.
Ou pour avoir craché sur l'héritage de Carey Price en l'accusant d'être un homme à cash:
@solemn.podcast L’athlète le plus overrated 👀 l’aimez-vous ? #hockey #sport #quebec #mtl #canadiens ♬ son original - Solemn
Ou pour avoir dit que PK Subban puait, ce qui avait enragé la communauté noire de Montréal:
Le plus difficile dans son cas, c’est probablement qu’une partie du public ne lui a jamais pardonné d’avoir remplacé Louis Jean.
Ce n’est même plus une question de performance.
C’est devenu une question émotionnelle.
Louis Jean était aimé.
Respecté.
Apprécié.
Lorsqu’il a quitté, plusieurs téléspectateurs ont eu l’impression qu’on leur retirait une figure familière.
Rancourt a hérité de cette situation sans l’avoir créée.
Depuis ce jour, elle doit constamment composer avec une comparaison impossible à gagner.
À cela s’ajoute une autre réalité qu’elle a dénoncée publiquement.
Lors de son passage à l’émission Le monde à l’envers, elle a parlé sans détour de la haine reçue sur les réseaux sociaux pendant les séries éliminatoires.
« On ignore souvent les commentaires du genre, mais à un moment donné, il faut mettre notre pied à terre et dire : “Ça suffit”. »
Cette phrase n’avait rien d’une plainte improvisée.
Elle arrivait après une période particulièrement difficile.
« Ces gens-là ne pensent même pas qu’on les lit, et c’est ça qui est pathétique. »
Le ton était différent.
On sentait une femme qui avait atteint sa limite.
« C’est la première fois que je fais face à autant de haine. »
Rancourt a également reconnu que les femmes qui occupent aujourd’hui ces postes profitent du travail accompli par celles qui les ont précédées.
« On l’a eu facile; arriver où on est maintenant grâce à Chantal Machabée, qui a pavé le chemin. Mais ce n’est pas complètement débroussaillé. On est encore en train d’arracher des ronces ici et là. »
Elle se prétend une victime d'un système.
Lorsqu’on observe ce qu’elle reçoit quotidiennement sur les réseaux sociaux, il est difficile de conclure le contraire.
Car les critiques adressées à Rancourt ne portent pas toujours sur son travail.
Certaines concernent son apparence jugée trop provocatrice selon plusieurs. On l'a d'aiileurs vu changer ses tenus décolletées du début des séries pour des cols roulés à la fin.
Elle en a eu assez.
D’autres commentaires concernent sa personnalité trop beige, inodore et incolore.
D’autres encore remettent en question sa légitimité même.
Depuis plusieurs années, certains prétendent qu’elle n’aurait jamais dû obtenir ce poste.
D’autres insinuent qu’elle serait là pour de mauvaises raisons, vu que son père est le célèbre avocat criminilaste, Jean-Pierre Rancourt, qui a été associé à Quebecor pendant si longtemps, lui qui faisait des chroniques judiciaires et et qui a aidé la compagnie au niveau légal.
Voilà précisément ce qu’elle rejette aujourd’hui avec sa phrase qui résonne:
« Pas parce que je suis une femme, parce que je suis la meilleure pour faire le poste que j’ai actuellement. »
Elle dit essentiellement : arrêtez de parler de mon sexe, arrêtez de parler de mon nom de famille, arrêtez de parler de tout sauf de mon travail: parce que je suis la meilleure.
Le message n'est pas le meilleur pour faire taire les critiques car les Québécois n'aiment pas gens prétentieux.
Mais il faut aller plus loin.
Il faut également reconnaître une autre dimension souvent oubliée.
Derrière l’animatrice se trouve une mère de famille.
Une femme qui a récemment raconté ce que représente une saison de hockey dans sa vie.
« À partir du mois d’avril, je dis à tout le monde : “Ne me cherchez pas, ne bookez aucun rendez-vous, je n’ai pas de temps.” »
Cette réalité devient encore plus exigeante pendant les séries éliminatoires.
« En saison, ça se gère bien, mais en séries, je les vois seulement une heure par jour. »
Elle parle ici de ses deux garçons.
Une heure. Avant l’école. Puis elle part travailler.
Pendant que les amateurs commentent son travail à l’écran, elle tente aussi de préserver un équilibre familial.
« Lorsque je sentais que c’était plus difficile pour eux ce printemps, je leur rappelais que j’allais tomber en vacances le 1er juillet… pour tout l’été! »
Ce ne sont pas les paroles d’une vedette qui cherche à attirer la sympathie.
Ce sont les paroles d’une mère qui explique les sacrifices imposés par sa profession.
Dans la même entrevue, elle a également parlé de l’importance de ses moments à l’écurie.
« Quand j’arrive à l’écurie, c’est mon moment. »
Elle a expliqué ce que représente l’équitation dans sa vie.
« Chaque fois que je reviens de l’écurie, je suis de bonne humeur, positive, détendue, heureuse. »
Puis elle a ajouté une phrase qui résume peut-être le mieux son état d’esprit.
« Prendre du temps pour moi, ça me rend tout simplement meilleure dans tous les autres aspects de ma vie. »
Lorsqu’on met bout à bout toutes ces déclarations, on découvre une réalité plus complexe que celle présentée sur les réseaux sociaux.
On découvre une femme qui se sait contestée.
Une femme qui sait qu’elle divise.
Une femme qui sait que certains téléspectateurs ne lui donneront jamais leur appui.
Mais aussi une femme qui refuse désormais de s’excuser d’occuper son poste.
« Aujourd’hui, on voit des femmes qui sont vraiment très compétentes, qui sont à leur place. »
« Je pense qu’on est rendus là. »
Voilàè une meilleire manière de faire passer son message que de dire "je suis la meilleure".
Mais après toutes ces années à recevoir les critiques, après toutes les controverses, après tous les commentaires, après tous les débats sur sa légitimité, Élizabeth Rancourt a finalement décidé de dire ce qu’elle pense réellement.
Elle se croit "the best".
Et qu’on partage ou non cette opinion, une chose apparaît évidente : elle n’a plus l’intention de laisser les autres définir sa valeur à sa place.
