Les montagnes russes de Patrik Laine nous donnent mal au coeur.
Mathieu Darche joue-t-il dangereusement avec un joueur déjà fragilisé mentalement?
Il y a à peine quelques jours, tout indiquait que les Islanders de New York n’étaient pas prêts à offrir davantage qu’un simple essai professionnel à Patrik Laine.
Pour un ancien deuxième choix au total, un marqueur de 44 buts et l’un des meilleurs francs-tireurs de sa génération, c'était une véritable claque au visage,
Les discussions entre le clan Laine et les Islanders existaient bel et bien, mais elles n’avaient mené à rien de concret.
Mathieu Darche refusait de lui accorder un contrat garanti et préférait lui ouvrir la porte du camp d’entraînement avec un simple PTO, un essai professionnel qui n’offrait absolument aucune garantie de demeurer dans la LNH.
Pour un joueur qui tente déjà de reconstruire sa carrière après des blessures, des saisons difficiles et un combat extrêmement courageux contre la dépression, recevoir un tel message devait être un véritable coup de massue.
Le marché lui disait sans détour que son talent ne suffisait plus. Il devait maintenant prouver qu’il méritait encore un uniforme de la Ligue nationale.
Et voilà que, fidèle aux montagnes russes qui semblent désormais définir toute sa carrière, la situation vient encore de basculer.
Alex Jefferies a demandé l’arbitrage, ouvrant automatiquement une deuxième fenêtre de rachats de contrats pour les Islanders.
Un plombier de la ligue américaine qui demande l'arbitrage... va tout changer pour la vie de Laine et sa conjointe.

Soudainement, Mathieu Darche se retrouve avec une occasion qu’il n’avait pas il y a quelques jours. Pendant 48 heures seulement, jusqu’à mercredi 17 h, le directeur général peut racheter le contrat d’un vétéran afin de libérer suffisamment d’espace sous le plafond salarial.
Les deux principaux candidats sont Pierre Engvall et surtout Ondrej Palat. Ce dernier touchera six millions de dollars cette saison, mais n’a récolté que cinq points en 29 matchs depuis son arrivée en provenance du New Jersey.
En rachetant la dernière année de son contrat, les Islanders économiseraient environ 3,3 millions de dollars, une somme largement suffisante pour offrir à Laine un véritable contrat de la LNH, probablement au salaire minimum accompagné de généreux bonis de performance liés aux matchs joués, aux buts marqués et aux points amassés.
Le joueur qui semblait condamné à accepter un humiliant essai professionnel voit soudainement réapparaître une véritable possibilité d’obtenir ce qu’il recherchait depuis le début de l’été.
Voilà pourquoi cette saga devient complètement folle. Il y a une semaine, le message envoyé à Laine était humiliant.
Aujourd’hui, le même directeur général possède soudainement les outils financiers pour lui offrir exactement ce qu’il refusait jusqu’ici.
Difficile d’imaginer un plus grand revirement. La vraie question est maintenant de savoir ce qui se passe dans la tête de Mathieu Darche.
Est-il réellement convaincu que Patrik Laine peut encore aider son équipe? Ou attend-il simplement de voir s’il peut améliorer son effectif autrement avant de se rabattre sur lui comme un bouce-trou.
Les Islanders donnent l’impression de garder Laine dans leur poche comme solution de secours, comme un dossier qu’on laisse volontairement en attente pendant qu’on évalue toutes les autres options disponibles.
Si c’est effectivement la stratégie, elle est extrêmement délicate lorsqu’on parle d’un joueur dont la confiance et le mental ont déjà été mise à rude épreuve au cours des dernières années.
Il ne faut jamais oublier que derrière le joueur se trouve un être humain. Patrik Laine a lui-même parlé ouvertement de sa dépression, de son épuisement mental et de la nécessité de s’éloigner du hockey pour retrouver un équilibre.
Peu de joueurs de son statut ont eu le courage de faire preuve d’une telle transparence. Revenir ensuite sur le marché des joueurs autonomes représentait déjà un immense défi psychologique.
Apprendre ensuite qu’aucune équipe ne voulait lui offrir un contrat garanti constituait une autre épreuve. Maintenant, voir une organisation faire pratiquement du yo-yo avec son dossier, passer d’un simple essai professionnel à la possibilité réelle d’un contrat selon qu’un autre joueur soit racheté ou non, ce n’est certainement pas la situation idéale pour retrouver une certaine stabilité mentale.
On comprend évidemment que les directeurs généraux doivent gérer un plafond salarial et prendre les meilleures décisions possibles pour leur organisation. C’est leur travail.
Mais humainement, difficile de ne pas éprouver une certaine empathie envers Laine, qui voit son avenir professionnel changer pratiquement d’heure en heure selon les calculs comptables des Islanders.
Reste maintenant à savoir si Mathieu Darche est réellement prêt à franchir le pas. Il faut se rappeler qu’avant même cette nouvelle fenêtre de rachats, plusieurs analystes voyaient déjà les Islanders comme la destination idéale pour Laine.
Mike Johnson expliquait récemment que New York possédait exactement le besoin auquel répond le Finlandais. Les Islanders traînent depuis deux saisons l’un des pires avantages numériques de toute la LNH.
Or, même diminué, même ralenti par les blessures, même critiqué pour son jeu à cinq contre cinq, Patrik Laine demeure l’un des meilleurs marqueurs en avantage numérique de sa génération lorsque son lancer est utilisé correctement.
L’idée consistait donc à lui offrir un rôle extrêmement précis plutôt que de lui demander de redevenir le joueur de 44 buts qu’il était à Winnipeg.
Mais Darche hésite, et cette hésitation est compréhensible. Son début de mandat est loin de faire l’unanimité. Depuis son arrivée, plusieurs décisions sont contestées. Les Islanders ont congédié Patrick Roy à 4 matchs de la fin de saison, ont engagé un coach défensif (Peter DeBoer) alors que Darche promettaitune équipe offensive, multiplié les mouvements de personnel et envoyé des messages parfois contradictoires quant à leur direction.
Un jour, ils parlent de rajeunir l’équipe. Le lendemain, ils ajoutent des vétéranscomem pour tenter de demeurer compétitifs immédiatement.
Dans cette débâcle, signer Patrik Laine représenterait un autre pari majeur. Si le Finlandais retrouve son niveau, Darche passera pour un génie. Si les blessures reviennent ou si les performances ne suivent pas, plusieurs lui reprocheront d’avoir encore misé sur un projet de réhabilitation plutôt que sur une solution plus stable.
Il n'a rien appris avec le flop Jonathan Drouin?
Les prochaines quarante-huit heures seront donc déterminantes. Jusqu’à mercredi 17 heures, Mathieu Darche possède la possibilité de transformer complètement ce dossier. Il peut maintenir le statu quo et laisser Patrik Laine poursuivre son attente.
Il peut aussi racheter un contrat, libérer plusieurs millions de dollars et offrir enfin au Finlandais le contrat garanti qu’il espère depuis le début de l’été.
Rarement aura-t-on vu un joueur passer aussi rapidement du statut d’ancien marqueur d’élite à celui de bouche-trou dépendant d’un rachat de contrat et d’un simple calcul sous le plafond salarial.
Voilà toute la cruauté de la LNH moderne. En quelques saisons seulement, une carrière qui semblait destinée à la gloire peut se transformer à une descente aux enfers.
Et dans le cas de Patrik Laine, ces montagnes russes sont loin d’avoir atteint leur dernier virage.
