Trahison à Ottawa : les Sénateurs répondent à Daniel Alfredsson

Trahison à Ottawa : les Sénateurs répondent à Daniel Alfredsson

André Soueidan
Le 2026-07-07

Une statue ne quitte jamais vraiment sa place… jusqu’au jour où elle enfile les couleurs du voisin.

À Ottawa, personne n’était prêt à voir Daniel Alfredsson traverser cette frontière. Pas lui. Pas celui qui a porté les Sénateurs sur ses épaules pendant près de deux décennies.

Pas celui dont le nom est pratiquement devenu un synonyme de l’organisation.

Pourtant, c’est maintenant officiel.

Les Maple Leafs de Toronto ont annoncé l’embauche de l’ancien capitaine des Sénateurs comme entraîneur associé au sein du personnel de Jim Hiller.

Une nomination qui réunit Alfredsson avec son grand ami Mats Sundin, aujourd’hui conseiller principal des Leafs, mais qui ravive aussi une des plus grandes rivalités de l’histoire du hockey canadien.

Pendant dix-sept saisons, Alfredsson a été le visage des Sénateurs.

Plus de 1 200 matchs disputés sous les couleurs d’Ottawa. Un capitaine admiré. Un joueur qui a traversé les meilleures années de la concession, notamment les nombreuses séries éliminatoires contre les Maple Leafs au début des années 2000.

À une certaine époque, Toronto représentait tout ce qu’Ottawa voulait battre.

Aujourd’hui, l’homme qui incarnait cette bataille change complètement de camp.

La nouvelle a frappé les partisans de plein fouet.

Même les Sénateurs ont senti le besoin de publier un communiqué signé personnellement par leur propriétaire, Michael Andlauer.

Le ton est demeuré élégant, mais chaque phrase trahissait une certaine douleur.

« Une des premières décisions que nous avons prises après l’acquisition de l’équipe a été de ramener Daniel Alfredsson dans l’organisation comme entraîneur adjoint en décembre 2023. J’ai rapidement compris qu’Alfie incarnait toutes les caractéristiques de ce que signifie être un Sénateur d’Ottawa. »

Puis est arrivée la phrase qui a immédiatement retenu toute l’attention.

« Bien que j’aurais préféré qu’il ne rejoigne pas un rival absolu, Alfie sera toujours un Sénateur d’Ottawa et la porte lui sera toujours ouverte s’il décide de revenir. Il a tellement donné à notre organisation et à notre communauté qu’il aura toujours tout mon respect. »

Difficile d’imaginer un message plus respectueux.

Difficile aussi de ne pas y voir une forme de déception.

Andlauer ne ferme aucune porte. Au contraire. Il rappelle publiquement qu’Alfredsson aura toujours une place à Ottawa. Comme s’il voulait envoyer le message que cette histoire n’est peut-être pas terminée.

Pendant ce temps, les réactions des partisans se sont multipliées sur les réseaux sociaux.

Certains ont parlé d’une véritable trahison.

D’autres ont écrit qu’ils avaient perdu une partie du respect qu’ils portaient à leur ancienne idole.

Quelques-uns ont comparé cette décision à un cauchemar devenu réalité, rappelant qu’Alfredsson avait consacré dix-sept saisons de sa carrière aux Sénateurs avant d’accepter un poste chez le plus grand rival de l’organisation.

À l’inverse, plusieurs ont invité les amateurs à respirer un peu.

Selon eux, Alfredsson a tout donné à Ottawa comme joueur.

Il a ensuite accepté de revenir aider l’équipe derrière le banc lorsque l’organisation lui a tendu la main.

Après trois saisons comme entraîneur adjoint, personne ne devrait lui reprocher d’accepter une nouvelle occasion professionnelle, surtout si elle lui permet de travailler quotidiennement avec Mats Sundin, son grand complice de longue date avec l’équipe nationale suédoise.

Les deux hommes ont partagé bien plus que des affrontements dans la LNH.

Ils ont remporté ensemble la médaille d’or olympique en 2006 et entretiennent une relation qui dépasse largement le hockey professionnel.

Ce lien explique sans doute pourquoi Toronto représentait une destination aussi naturelle.

Reste que les émotions ne suivent pas toujours la logique.

Pour les partisans des Sénateurs, Alfredsson n’était pas un ancien joueur comme les autres.

Il était le cœur de la concession.

Celui qui personnifiait l’identité d’Ottawa. Le voir maintenant participer à la reconstruction d’un rival historique crée une image que plusieurs n’auraient jamais imaginée.

Le plus étonnant demeure peut-être la réaction des Sénateurs eux-mêmes.

Aucune attaque.

Aucune critique.

Aucun règlement de comptes.

Seulement un hommage rempli de reconnaissance… accompagné d’une phrase qui résume parfaitement le malaise.

« J’aurais préféré qu’il ne rejoigne pas un rival absolu. »

Tout est là.

Cette phrase raconte la déception d’une organisation qui voit partir l’une de ses plus grandes légendes, mais qui refuse malgré tout de lui tourner le dos.

Au final, Daniel Alfredsson commence simplement un nouveau chapitre de sa carrière.

Pour Ottawa, en revanche, cette page sera beaucoup plus difficile à tourner.

Misère…