Tristesse dans les bureaux de TVA Sports: la station perd des matchs du CH

Tristesse dans les bureaux de TVA Sports: la station perd des matchs du CH

David Garel
Le 2026-07-10

Pendant plus d’une décennie, TVA Sports a vécu avec l’espoir qu’un nouveau contrat de diffusion de la LNH permettrait enfin de tourner la page sur des pertes colossales qui dépassent désormais les 250 à 300 millions de dollars.

Or, voilà que le nouveau paysage des droits télévisuels plonge la chaîne dans une incertitude encore plus grande. Le contrat historique de 11 milliards de dollars signé par Rogers avec la LNH change complètement les règles du jeu. Et selon plusieurs experts de l’industrie, TVA Sports pourrait être la grande perdante de cette nouvelle réalité.

À moins de deux mois du début des matchs préparatoires du Canadien, un fait demeure complètement surréaliste : personne ne sait encore qui diffusera les 39 matchs nationaux du Canadien de Montréal qui n’ont toujours pas été attribués, ni les séries éliminatoires en français. Une situation rarissime qui témoigne de l’ampleur des négociations toujours en cours.

L’ancien vice-président responsable de la programmation à RDS et ancien directeur général des sports à Radio-Canada, François Messier, ne cache d’ailleurs pas son étonnement.

« C’est une situation vraiment très particulière. »

Selon lui, on est rendu à la dernière minute pour préparer une grille horaire, vendre les commandites et bâtir toute une programmation. Plus le temps avance, plus la pression augmente sur tous les intervenants.

« Il faut que ça se règle très rapidement », affirme-t-il. (La Presse)

Ce qui inquiète particulièrement Messier, c’est que le modèle traditionnel pourrait être complètement bouleversé.

À ses yeux, il est pratiquement évident que les géants du numérique auront leur mot à dire.

« Ça me semble évident que des plateformes numériques seront impliquées dans les 39 matchs n’ayant pas encore été attribués à un diffuseur. »

Prime Video. Netflix. Une autre plateforme. Tout est sur la table.

Selon lui, une quinzaine, peut-être même une vingtaine de matchs pourraient quitter la télévision traditionnelle pour être présentés exclusivement sur une plateforme numérique. Ce serait une révolution complète pour les amateurs francophones de hockey. (Reddit)

TVA Sports va diffuser seulement 20 matchs?

Le véritable problème pour TVA Sports est que chaque match perdu représente des revenus publicitaires qui disparaissent.

Pendant des années, le modèle reposait sur le fait que TVA Sports détenait les droits nationaux francophones, les séries éliminatoires et une partie importante du calendrier du Canadien.

Aujourd’hui, cette certitude n’existe plus.

RDS a déjà sécurisé ses 45 matchs régionaux pour plusieurs années, mais c’est tout. Les 39 autres rencontres demeurent sans diffuseur officiel, tout comme les séries. (TVA Sports)

François Messier croit toujours que TVA Sports fait partie des discussions.

« TVA Sports est toujours dans le mix. »

Mais il ajoute également une phrase lourde de sens.

« C’est un investissement crucial pour la survie de TVA Sports. »

Perdre ces droits représenterait un choc immense pour la chaîne de Québecor.

Pourquoi tout est-il devenu aussi compliqué?

Parce que Rogers a complètement changé l’économie du hockey canadien.

En 2013, Rogers avait payé 5,2 milliards de dollars pour obtenir les droits nationaux.

Aujourd’hui?

11 milliards de dollars.

Plus du double.

Et si Rogers paie deux fois plus cher, les sous-licences francophones valent elles aussi beaucoup plus cher.

François Messier rappelle d’ailleurs l’évolution spectaculaire des coûts.

« Quand j’étais à RDS de 1999 à 2006, on payait environ 100 000 $ par match. »

Puis, après la première entente de Rogers, le coût est passé autour d’un million de dollars par rencontre.

Aujourd’hui?

On parle d’environ deux millions de dollars par match.

« Ça commence à être beaucoup d’argent. »

Même avec un Canadien redevenu extrêmement populaire grâce à Lane Hutson, Ivan Demidov, Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky, rentabiliser un tel investissement devient un véritable casse-tête.

Les séries du printemps dernier ont pourtant fracassé les cotes d’écoute.

Plus de 1,3 million de téléspectateurs en moyenne au premier tour.

Des parts de marché dépassant régulièrement les 40 %, puis les 45 % lors des rondes suivantes.

Le produit est plus populaire que jamais.

Mais les droits coûtent désormais tellement cher que même des audiences historiques ne garantissent plus la rentabilité. (TVA Sports)

Cette nouvelle réalité explique aussi pourquoi tout le monde observe attentivement ce qui arrivera à TVA Sports.

La chaîne a déjà accumulé près de 300 millions de dollars de pertes depuis sa création.

Pendant ce temps, Québecor a procédé à des compressions importantes, vendu des immeubles et réduit ses effectifs afin d’améliorer sa situation financière.

Le gestionnaire de portefeuille Stephen Takacsy résume bien le paradoxe actuel.

Selon lui, une partie de la hausse spectaculaire de l’action de Groupe TVA provient justement de la spéculation entourant la possibilité que TVA Sports cesse un jour de payer ces droits extrêmement coûteux.

Certains investisseurs considèrent presque qu’abandonner une partie du hockey pourrait améliorer la santé financière de Québecor. (TVA Sports)

Pendant ce temps, les amateurs attendent toujours.

À quelques semaines du début de la saison, personne ne sait encore s’il faudra être abonné à RDS, à TVA Sports, à Prime Video, à Netflix ou à une combinaison de plusieurs plateformes pour regarder l’ensemble des matchs du Canadien.

Une chose est certaine : le contrat de 11 milliards de Rogers vient de transformer complètement le marché des droits télévisuels au Canada.

Et si TVA Sports espérait enfin sortir du rouge, la bataille qui s’annonce pourrait finalement être encore plus difficile que celle qu’elle vient de traverser.