Jakub Dobes traverse une période difficile à Montréal. Son jeu se détériore, Jacob Fowler lui a volé son poste de numéro un et les questions se multiplient autour de sa préparation, de sa confiance et de sa capacité à assumer les responsabilités d’un athlète professionnel chez le Canadien.
Pendant ce temps, Dany Dubé propose de faire appel à Carey Price pour aider le jeune Tchèque à traverser cette épreuve. Une idée qui mérite d’être entendue, surtout quand on se rappelle ce que Price a lui-même vécu à Montréal.
Mais il y a une autre histoire qui mérite qu’on s’y attarde. Une histoire de ligne téléphonique, de couvre-feu et d’un jeune gardien qui devait apprendre à vivre avec les exigences du Canadien.
Renaud Lavoie a raconté que l’organisation avait carrément installé une ligne téléphonique fixe au domicile de Carey Price afin de pouvoir le joindre et s’assurer qu’il respectait les règles imposées par le club.
Avant cette installation, le Canadien avait de la difficulté à le rejoindre, alors que Price se défonçait nuit après nuit dans les bars de la ville.
Imaginez la scène aujourd’hui avec Dobes. Faudra-t-il ressortir le téléphone fixe, installer une ligne directement dans sa maison et s’assurer que le gardien répond chaque fois que le Canadien appelle?
Question de s'assurer qu'il n'est pas en train de faire la fête sans fin... comme cet été.
Faudra-t-il lui rappeler qu’il joue à Montréal où tout le monde sait quand tu viens de prendre une brosse, qu’il vient de signer un contrat de plus de 16 millions de dollars et que son avenir avec l’organisation se joue pendant les prochaines semaines?
La situation du gardien tchèque est devenue tellement controversée que les partisans se demandent ce qui se passe réellement derrière les portes du vestiaire.
Dany Dubé estime que l’organisation devrait faire appel à Carey Price pour aider le jeune gardien à retrouver ses repères.
Son raisonnement est simple : personne ne connaît mieux que Price les exigences particulières du poste de gardien numéro un à Montréal et la danger de la vie nocturne montréalaise.
L’ancien gardien vedette a vécu les travers des vices montréalais, les nuits endiablées, les femmes à l'infini, la pression, les attentes démesurées, la compétition à l’interne et cette impression constante d’être jugé au moindre mauvais départ. Il a aussi connu une situation où un jeune gardien menaçait de lui ravir sa place.
En 2010, Jaroslav Halak avait forcé la main du Canadien avec ses performances en séries éliminatoires. Price avait dû composer avec une situation extrêmement délicate, alors que les partisans réclamaient un changement devant le filet, au point de vouloir qu'il soit transigé.
Il sait ce que signifie sentir le sol trembler sous ses patins quand un autre gardien commence à gagner des matchs.
Aujourd’hui, Dobes vit une situation identique. Il a été l’un des grands héros du Canadien pendant les dernières séries éliminatoires, et il a décidé de fêter tout l'été pour célébrer son nouveau statut de héros.
Il est arrivé au camp "out of shape" et connaît maintenant des difficultés qui permettent à Jacob Fowler de devenir le nouveau roi de Montréal.
Dany Dubé a raison sur un point : une conversation avec Price pourrait lui faire du bien. Il ne s’agirait pas de remplacer Marco Marciano ou de remettre en question le travail des entraîneurs. Il s’agirait de permettre à un jeune gardien de discuter avec quelqu’un qui connaît intimement les exigences du marché montréalais et le danger du "party".
Price pourrait lui expliquer comment refuser les mauvaises influences, gérer les mauvaises séquences, comment éviter de laisser un mauvais match détruire sa confiance et comment se comporter lorsque les projecteurs se tournent soudainement vers le gardien qui attend derrière lui.
Surtout, Price doit dire à Dobes de retrouver son éthique de travail et lui faire comprendre qu'un athlète professionnel doit se coucher tôt en buvant de la tisane... et non d'autres boissons...
Les propos de Renaud Lavoie deviennent tellement cinglants.
Le journaliste a comparé les débuts de Jacob Fowler dans la LNH à ceux de Carey Price, allant jusqu’à souligner la maturité et le professionnalisme du jeune gardien américain. Selon lui, Fowler paraît déjà très bien outillé pour gérer les exigences du hockey professionnel et les distractions qui viennent avec la vie à Montréal.
« Il est un professionnel de A à Z. Ça n’a pas l’air de l’intéresser, la vie nocturne montréalaise », a affirmé Lavoie au sujet de Fowler.
Cette remarque ramène inévitablement l’histoire de Carey Price, dont l’adaptation à Montréal a été marquée par des difficultés qui dépassaient le simple aspect sportif.
Price a lui-même parlé publiquement de ses problèmes personnels et de dépendance, au point d'aller rechercher de l'aide à la fin de sa carrière. Son parcours rappelle que le talent exceptionnel ne protège personne contre les difficultés de la vie et les tentations nuisibles qui tournent autour d'une vedette.
Tout le monde sait que Jakub Dobes était déchaîné cet été. Plusieurs témoins l'ont vu fréquenter les bars de manière excessive, au point de négliger sa préparation.
Ses mauvaises performances constituent une preuve de problèmes personnels. Quand ta vie privée affecte tes performances, il y a un énorme problème.
La comparaison avec Price doit réveiller le Canadien dans la manière que l'équipe accompagne ses jeunes gardiens.
Les propos de Dubé, Lavoie et l’histoire de la ligne téléphonique fixe chez Price illustrent jusqu’où le Canadien serait prêt à aller pour encadrer son jeune gardien.
Il faut faire la même chose avec Dobes Installer une ligne téléphonique pour surveiller un joueur qui ne se gère pas lui-même est une idée de génie.
S’assurer qu’il est bien encadré, qu’il sait à qui parler et qu’il dispose des ressources nécessaires pour traverser une mauvaise passe relève directement des responsabilités de l’organisation.
Il faudra voir si le gardien tchèque peut retrouver le niveau qui avait fait de lui un héros en séries éliminatoires.
La première étape est de retrouver sa sobriété.
Dobes a encore le temps de renverser la vapeur. Mais à Montréal, le temps passe vite lorsqu’un jeune gardien commence à perdre le contrôle de son filet... et de sa vie à l'extérieur de la glace.
